Le Vide en plein


Le vide, antinaturel par excellence, se fait idéal de liberté. C’est un modèle sans contrainte ni prédétermination, c’est une tabula rasa permettant de s’élever de cet ici-bas1.

De prime abord, des objets anodins, anecdotiques, un calme presque.

Tout comme - fouiller la matière, extraire, rajouter, enlever, suppléer, souffler, puis le cheminement en sens inverse. Tristan Dassonville accapare, se saisit et contient l’espace pour en faire autre chose, à peine visible, puisque remplir ou enlever revient au même – le vide toujours vainqueur. L’absence chargée autour d’une vacuité et qui persévère pour se traduire en angoisse, désir terrible ou horror vacuí2.
Puisque cette inquiétude là nous renseigne l’artiste est « sans objet » et tout à fait « paradoxale », elle annule les forces propres de/à l’oeuvre.
Ornements, objets décoratifs, céramiques, photographies, meubles ou installations, l’hétérogénéité accompagne de près la quête de Tristan Dassonville dans ses vaines tentatives de remplir cette béance – autant dire le tout. Car une fois la technique creusée (faïence, grès, plâtre, toile de Jouy), le motif épuisé, il faudra inventer la matière.

À travers cette inscription dans la tradition et le naturalisme, à savoir la maîtrise et la copie des formes, le symbole nous ramène à un archaïsme enfoui. Les objets se cherchent (mise en œuvre). Non pas de symétrie en lieu, bien qu’elle paraisse formellement dans ses pièces, mais plutôt des histoires de symétrie, des connivences en jeu en somme. « Tenter de les faire tenir ensemble à l’endroit où les choses se croisent » précise-t-il. Une pratique du « bricolage réel » mêlée à une projection mentale. « À mesure que l’on avance dans le travail, on se convainc de ses propres fictions »3. Car l’écriture est proche selon lui du travail d’atelier. Accepter les habitus et la répétition, l’ornement ou le sujet pour ce qu’il a, d’irréductible.
Les combinaisons symboliques, tout comme la nature morte qui l’inspire, ne nous permettent pas d’établir un axe plutôt qu’un autre. Le motif se décline, prend position pour mieux se glisser dans l’immobilisme de sa fonction. Ici, des serpents en Allitérations en S - le Cabinet ne bouge pas davantage que l’image substantive d’un cabinet et les vitres en béton font semblant d’être indemnes (Modèle pour une théorie de la vitre brisée), en référence aux natures mortes du peintre Sébastien Stoskopff. Et pourtant, tout se déplace légèrement. La question de la fonctionnalité au même titre que celle de la reproduction reste en suspend. Ce sont des alibis pour justifier leur présence en ces lieux. Le trouble ne vient qu’après ou dans l’ensemble. Les « faux semblants » se renversent. Pour preuve, l’indice, les Appelants, animaux noirs à l’esprit malin en plastique floqué sont autant pris au piège, rassemblés en vrac dans cette suspension légère.
Une apparente quiétude et normalité qui ne trompent cependant pas l’œil.
Tristan Dassonville cherche sans trouver. C’est dans le chemin que réside la substance de sa pratique : un rien substantiel, un tout désœuvré.
Une herméneutique à l’œuvre.





1 Tristan Dassonville, Horror vacuí, Mémoire DNSEP, sous la direction de Geneviève Vergé Beaudou, Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Limoges, 2017, p.16.

2 Entendre l’horreur du vide. Renvoie à la notion chez Thomas Golsenne « L’ornement à horreur de l’horreur du vide », in Zaman, 3, printemps 2010, p.107-131. Ibid., p. 14.

3 Propos de l’artiste.